Analyse critique et propositions de réformes pour le secteur public, au regard des enjeux de souveraineté et de compétitivité.
En tant qu’acteur de l’audiovisuel privé depuis 32 ans, je livre ici un regard technique et pragmatique sur les orientations proposées lors des auditions de la commission d’enquête. L’objectif est clair : renforcer le service public sans le paralyser, tout en garantissant sa compétitivité face aux géants mondiaux.
I. Gouvernance et structure : L’impératif d’agilité
La structure actuelle souffre d’un manque de fluidité, mais la solution ne réside pas dans une transformation technocratique lourde.
- Vers une Holding agile : Je soutiens le principe d’une Holding, à condition qu’elle soit pensée pour l’efficacité opérationnelle et non comme une nouvelle strate administrative. Il faut être réaliste : l’agilité dont a besoin le service public pour concurrencer le privé est freinée par des accords syndicaux anciens et une rigidité contractuelle. Delphine Ernotte a engagé ce travail de fond, mais il doit être soutenu et accéléré par une simplification des contrats d’objectifs.
- Renouvellement de la gouvernance : La nomination des dirigeants doit être dépolitisée. Je préconise une Arcom élargie à de vrais professionnels du secteur (minimum 10 ans d’expérience) et des représentants des salariés, garantissant ainsi une expertise métier indispensable à la gestion d’un tel groupe.
- Tutelle parlementaire : Le Parlement dispose déjà d’un droit de regard via les conseils d’administration. Il est inopportun qu’il cherche à arbitrer des décisions opérationnelles pour lesquelles les élus ne possèdent pas les compétences professionnelles requises.
II. Économie et production : Le réalisme avant l’idéologie
Le service public doit être un moteur de l’économie audiovisuelle française, pas une structure sous perfusion ou une « forteresse » isolée.
- Financement et Publicité : Il est vital de sanctuariser le budget de l’audiovisuel public. Toute velléité de réduction doit être justifiée par des situations critiques et débattue dans un dialogue constant. Concernant la publicité, il faut maintenir le plafond avant 20h, mais ouvrir le marché aux secteurs interdits (comme le font les nouveaux médias digitaux), pour redonner de l’air aux recettes.
- La production, levier de concurrence : L’internalisation à outrance est une erreur stratégique et sociale. En période de crise, cela conduit inévitablement à des vagues de licenciements lourdes. La solution est de simplifier l’accès aux appels d’offres pour les petits producteurs indépendants. C’est en faisant jouer la concurrence que nous produirons moins cher et avec plus de créativité.
- Note sur les majors : Il faut réviser les clauses avec les grands groupes de production pour les rendre plus favorables à France Télévisions, tout en écoutant davantage les petits acteurs qui sont les réservoirs de talent de demain.
III. Éditorial et souveraineté numérique
L’indépendance éditoriale est le socle du service public. Toute forme d’ingérence politique est un recul.
- Le « retour aux fondamentaux » : C’est une fausse bonne idée. Vouloir brider l’éditorial pour se concentrer uniquement sur des niches culturelles est une stratégie d’affaiblissement face à la concurrence. Le service public doit rester puissant et présent sur tous les genres.
- Neutralité : Le contrôle doit rester technique et clair. Les outils de l’Arcom sont suffisants ; il suffit d’accélérer les procédures de régulation sans créer des mécanismes de « censure non dite » qui seraient contre-productifs.
- Plateforme France.tv : Elle doit devenir le fer de lance de notre souveraineté.
- Obligation d’intégration : Toutes les chaînes gratuites autorisées en France doivent être accessibles gratuitement sur cette plateforme.
- Agrégation : Il faut intégrer une option d’abonnement pour les offres payantes (type Canal+, TF1+, etc.) afin d’offrir une plateforme unique, simple et complète à tous les Français.
- Innovation : Soutenir massivement le projet de TDF pour migrer la TNT vers l’Ultra 5G, sans imposer le renouvellement des équipements aux téléspectateurs.
- Données (Data) : Les données d’audience sont le pétrole du XXIe siècle. Partager nos données, c’est offrir nos armes à la concurrence. Elles doivent rester internes et protégées.
IV. Le défi social : L’intermittence, un gisement de compétence sous-exploité
C’est le point noir de la gestion actuelle. Il existe un décalage majeur entre les besoins techniques et la réalité du marché des intermittents. Tant que la planification des tournages ne sera pas capable d’absorber l’ensemble des intermittents du spectacle disponibles sur le marché, nous continuerons de payer très cher un système d’indemnisation chômage alors que ces professionnels sont prêts et compétents. Ouvrir le marché des intermittents directement chez France Télévisions, c’est remettre au travail des talents et optimiser le coût social de l’audiovisuel.
À propos
Acteur de l’audiovisuel depuis plus de 32 ans, mon parcours est marqué par une expertise pluridisciplinaire des marchés classiques et numériques. J’ai occupé des fonctions de direction stratégique et opérationnelle au sein de groupes majeurs (Canal+, AB/Mediawan, Webedia, Ideal Connaissances), gérant des enjeux complexes de production, de programmation et de développement.
Depuis 2018, je m’engage pour la préservation et la valorisation du patrimoine audiovisuel en tant que fondateur de l’association LA TÉLÉ DE JEANPAT, éditrice de la chaîne HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION. Parallèlement, je dirige depuis 2023 NOUS MÉDIAS, société de conseil et de production bi-média, mettant mon expérience au service du développement de nouveaux formats et de stratégies innovantes.
Conclusion
Le service public est une composante essentielle de notre paysage culturel. Il ne doit pas être le théâtre d’expérimentations politiques, mais le vaisseau amiral d’une industrie que nous devons protéger par le professionnalisme, l’agilité et une vision souveraine. Je suis totalement disponible pour en parler et agir dans ce sens avec les compétences qui sont les miennes.


